En 1969, le Conseil fédéral de l'agriculture publie un rapport qui fait état de la situation critique du cheval de Freiberg. La race a pratiquement perdu tout son intérêt. Le cheval de trait est de plus en plus souvent remplacé par le tracteur. L'armée réduit ses réserves de chevaux.
L'État prépare donc un projet prévoyant des primes pour préserver la race. Les agriculteurs commencent ainsi à trouver intéressant de garder quelques chevaux pour l'élevage, en plus des bovins qui leur rapportent de toute façon plus que l'élevage de chevaux.
Pourtant, dans les années 60, la vente de chevaux de Freiberg reste difficile et peu rentable. Juste avant et juste après l'hiver, l'offre de chevaux reste supérieure à la demande. Et pendant les autres saisons, les acheteurs ne trouvent pas de chevaux qui leur conviennent.
Cette situation va entraîner une augmentation des importations de chevaux étrangers.
Mais la commission n'est pas du tout satisfaite de cette situation. Il faut donc trouver une solution.
Afin de satisfaire tout le monde, il a été décidé que les propriétaires de chevaux conserveraient leurs meilleurs chevaux et juments, principalement les juments d'élevage, jusqu'à l'âge de 3 ans, puis les prépareraient à l'attelage, ce qui leur permettra de remporter une prime de 500 CHF. Le cheval doit donc, à l'âge de 3 ans, passer seul une petite épreuve d'agilité en attelage simple. Plusieurs centaines de chevaux seront ainsi préparés à cette épreuve année après année. C'est ainsi que la « survie » de la race a été assurée.
Des ventes aux enchères sont organisées afin de stimuler la vente des jeunes chevaux.
Et pour découvrir de nouveaux marchés pour la commercialisation de la Freiberger, ils organisent un rallye. Des voitures partent de Paris, Lyon, Bruxelles, Francfort, Munich et Milan pour rejoindre Neuveville, en Suisse. La Freiberger y démontre son endurance et sa sobriété sur des parcours qui dépassent parfois les 670 km !
C'est ainsi que le Freiberger a été découvert et que divers pays se sont mis à rechercher des Freibergers afin d'alléger leurs propres chevaux de trait.
Les étalons de race Freiberger sont désormais exportés vers différents pays.
Le sport équestre en Suisse n'utilise pas de chevaux de Freiberg et les éleveurs suisses de chevaux à sang chaud ne parviennent pas à produire la qualité nécessaire avec leur propre race pour être compétitifs en compétition ; ils sont donc contraints d'importer. C'est pour aider ce groupe de personnes que des chevaux étrangers sont importés. On privilégie les « chevaux de selle » étrangers, provenant principalement des pays voisins, la France et l'Allemagne.
En s'appuyant sur des chevaux américains et anglais, l'Allemagne a mis au point une excellente race de chevaux à sang chaud.
Il faudra encore des dizaines d'années avant que les éleveurs de chevaux de Freiberg se laissent convaincre que les sports équestres, c'est-à-dire les chevaux de selle et l'attelage, vont jouer un rôle important en tant qu'activité de loisirs, en tant que passe-temps, et non plus seulement en tant qu'outils de travail.
Pour cela, il faut rechercher un cheval plus léger et doté de beaux mouvements.
Le haras va commencer à testerdes « croisements d'amélioration» entre des étalons anglo-normands et des arabes.
En 1970, un rapport de la Confédération indique que celle-ci cherche à développer une race de chevaux pouvant être utilisés à des fins économiques – c'est-à-dire pour le commerce – tout en pouvant également servir de chevaux de trait légers.
Les juments Freiberger sont ainsi remplacées par des juments de sang chaud, et certaines juments Freiberger feront la connaissance des étalons arabes (Shagya I puis Shagya II).
Le pur-sang arabe DOCKTRYNER, acheté en 1958 dans un haras polonais, donnera plus tard naissance à la lignée Don . Nous en dirons plus à ce sujet demain.
Au haras national, on teste un nouveau croisement :
Le résultat, c'est le puissant……
ALSACIEN, un élégant étalon alezan, fils du cheval suédois à sang chaud Aladin et de Javotte, la légendaire fille de JURASSIEN. Il est à l'origine de la lignée L.


Ce tableau de sa descendance met en évidence les trois branches qui revêtent encore aujourd'hui une grande importance :
La gamme LOCARNO

La gamme LOYAL II

La gamme LORRAIN

Rappelons au passage que le père du cheval suédois à sang chaud Aladin est NEPAL, qui sera également le père du cheval suédois à sang chaud NELLO, dont nous parlerons plus en détail dans l'une des familles que nous aborderons prochainement.
L'influence de l'étalon Alsacien sonne immédiatement le glas du cheval de Freiberg des années 50 et en fait ainsi le prototype du cheval de loisir.
Tout cela ne s'est certainement pas fait sans heurts, car il y a toujours des partisans et des détracteurs. Force est de constater que le Freiberger traditionnel, élevé principalement pour les travaux agricoles, devra de plus en plus céder la place à ce nouveau type plus léger.
Demain, nous poursuivrons notre exploration de la ligne du Don !